Thomas Gaudex

Writer & Editor

Le temps des retrouvailles

Je me pose encore la question aujourd’hui : Pourquoi ai-je mis un terme à notre histoire ?

C’est étrange, après toutes ces années. « Avec le temps, va, tout s’en va » chantait Léo Ferré en 1970. Mais toi, tu ne t’en vas pas non, tu apparais souvent dans mes pensées, comme pour me rappeler que notre relation n’est pas vraiment terminée et que tu ne souhaites qu’une chose, qu’elle reprenne de plus belle.

Il n’aura pas fallu longtemps avant que je succombe à ton charme. J’étais un petit garçon comme les autres, avec des rêves plein la tête. Un jour, nos chemins se sont croisés, et puis nous sommes très vite devenus inséparables.

Je sais, ce n’est pas facile de se souvenir alors que plus de vingt cinq années ont passé. Tu te rappelles un peu quand même ?


C’était l’époque où mon père fumait sa pipe au coin du feu. Le soir, il n’était pas rare qu’un vinyle de John Lee Hooker crépite sur le tourne disque installé dans la vieille armoire derrière le divan du salon. C’était la petite caverne d’Alibaba cette armoire. Elle était remplie de vieux 33 tours, de cassettes audio et de disques de musique que mes parents avaient accumulé depuis leur jeunesse.

Aux côtés du vieux bluesman, il y avait Brassens et Ferré. Beaucoup de jazz aussi, surtout du jazz d’ailleurs. Frank Sinatra, Billie Holiday, Ella Fitzgerald. Stan Getz, Duke Ellington, Louis Armstrong, Dizzy Gillespie, Sidney Bechet et tant d’autres. La liste pourrait être longue.

Pendant ce temps, ma mère dessinait des bijoux dans la pièce d’à côté. C’était son métier, dessinatrice de bijoux. Je la revois encore assise devant ses feuilles de calque sous la lampe de son bureau, sa main droite glissant sur la feuille pour donner vie à des joyaux magnifiques. Je me rappelle très bien de la finesse de ses traits et des couleurs dorées qui prenaient vie sur le papier. Elle était tellement douée.

Ma soeur passait le plus clair de son temps enfermée dans sa chambre avec Francis. Francis Cabrel, la cabane au fond du jardin. D’ailleurs on avait la chance d’en avoir une belle de cabane au fond de notre jardin, c’est mon père qui l’avait construite de ses mains.

Des pierres, un peu de béton, du bois, des tuiles, quelques coups de peinture. Une porte, une fenêtre, une table, un banc, un tabouret, un buffet, et voilà que nous avions notre propre maison rien qu’à nous. Elle en a vu passer des marmots cette cabane, et souvent par la fenêtre, c’était bien plus drôle !

Quant à moi, lorsque je n’étais pas parti à l’aventure autour de la maison, je naviguais entre mes Lego, ma boîte de magie, mes jeux de cartes et mon planétarium en plastique. J’adorais projeter et observer les constellations sur le plafond de ma chambre. J’étais une petite tête blonde qui rêvait d’étoiles.

Et puis tu étais là bien sûr. Plus les années passaient, et plus ma passion pour toi grandissait. Je crois que l’on pourrait même parler d’amour. Parce que c’est exactement ce qu’il y avait entre nous, de l’amour.

Tu ne peux pas imaginer tout ce que je ressentais lorsque je venais effleurer ton corps du bout des doigts, lorsque mes mains se posaient sur toi et t’enlaçaient parfois pendant plusieurs heures.

Nous passions beaucoup de temps ensemble, et quelque chose de magique en ressortait à chaque fois. En fait, c’était comme si nous étions faits l’un pour l’autre. D’ailleurs, c’est souvent ce qui se disait lorsque l’on nous voyait tous les deux. Nous étions beaux tous les deux.

Et puis un jour, comme ça sans prévenir, je t’ai laissé tomber. Tout allait bien entre nous, mais je décidais subitement de mettre un terme à notre histoire. Quelque chose s’était brisé.

Je crois que tu en as beaucoup souffert et que tu en souffres peut-être encore aujourd’hui. C’est normal après tout, car je n’ai jamais été capable de te donner une explication claire sur les raisons qui m’ont poussé à m’éloigner de toi.

Crois-moi, cela n’a pas été simple pour moi non plus. Aussi étrange que cela puisse paraître, j’étais triste aussi alors que cette décision était pourtant bien la mienne. Les mois et les années ont passé, et j’ai fini par me dire que ça devait être comme ça.

J’ai quand même essayé à plusieurs reprises de revenir vers toi, mais tu n’as pas fait attention. Je suis resté un peu trop discret, peut-être parce que j’avais peur de ta réaction. Et puis je me disais aussi que de ton côté tu avais tourné la page et que ça ne servait à rien de chercher à remuer le passé.

Alors tu vas me trouver absolument culotté de te demander une chose pareille après toutes ces années de silence, mais aujourd’hui, j’aimerais que tu me donnes une seconde chance. J’aimerais que tu essaies enfin de m’écouter, parce que cette fois, j’ai des choses à te dire…


Tu me manques. J’ai envie de te sentir sur mes genoux, de te prendre dans mes bras et de laisser à nouveau mes doigts glisser sur ton corps.

Tu sais, le temps a passé, mais je t’aime encore.

Je ne cherche pas à te demander pardon, ce que je t’ai fait subir n’est pas vraiment pardonnable.

Mais ne crois-tu pas que nous pourrions retrouver notre plaisir d’antan, celui qui nous avait rendu inséparables ?

Oui, c’est à toi que je pense aujourd’hui, ma chère guitare.

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